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Parcourir 775 kilomètres en 24 heures en solitaire, sous la pluie, dans le froid et malgré la fatigue extrême. C’est le défi exceptionnel qu’a relevé Romain Gioux, conférencier professionnel et ex-cycliste professionnel de la Team Novo Nordisk, seule équipe au monde composée exclusivement de coureurs atteints d’un diabète de type 1.

Pour réaliser cette performance hors norme lors des 24 Heures du Mans Vélo, Romain Gioux a pu compter sur l’accompagnement du service de diabétologie du Médipôle Hôpital Mutualiste et du Dr Jean-Philippe Le Berre qui l’a aidé à préparer et sécuriser ce défi sportif.

Entre expertise médicale et accompagnement humain, retour sur cette aventure avec le témoignage du Dr Le Berre qui était à ses côtés.

 

 

Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez été amené à accompagner Romain Gioux dans ce projet hors du commun ?

Je suis Romain pour son diabète de type 1 depuis plus de 3 ans. Très vite il m’a fait part de son projet de participer aux 24 heures du Mans Vélo en solitaire. Il m’a demandé si je pouvais l’accompagner dans cette préparation et au fur et à mesure de nos échanges, nous avons identifié ce que je pouvais lui apporter pour l’aider à relever ce challenge.

 

Quels étaient les principaux défis médicaux liés à ce projet ?

Avec un diabète de type 1, le principal défi concernait le risque d’hypoglycémie et de chute à vélo lié à un effort physique aussi intense et prolongé. L’objectif était de lui permettre de terminer les 24 heures en limitant au maximum la survenue d’hypoglycémies.

Romain présente également une vestibulopathie bilatérale, il s’agit d’un trouble de l’équilibre qui surajoute à la complexité du diabète de type 1.

 

Comment avez-vous préparé Romain Gioux en amont de cette compétition ?

Romain est un sportif de haut niveau qui connaît parfaitement son corps et son diabète. Notre accompagnement a porté principalement sur les aspects nutritionnels. Nous avons travaillé sur les stratégies de resucrage, la diversification des apports alimentaires et la prévention des troubles digestifs pouvant survenir lors d’efforts très prolongés.

Nous avons également adapté les quantités à consommer. Concrètement sur une épreuve de 24 heures, cela représente des apports trois fois supérieurs à ceux qu’il consomme habituellement lors de ses entraînements.

 

Quels ajustements ont été réalisés concernant son traitement par pompe à insuline ?

Romain est équipé d’une pompe à insuline automatisée.  Nous avons travaillé sur l’optimisation de ses réglages afin qu’ils soient adaptés à un effort prolongé de très haute intensité en limitant la survenue d’hypoglycémie.

 

En quoi consiste concrètement votre rôle de « coach médical » lors de cette course ?

Le jour J, mon rôle était à la fois médical et humain.  Grâce à sa pompe à insuline automatisée, je pouvais suivre à distance l’évolution de sa glycémie en temps réel. À chacune de ses pauses, nous analysions ensemble la situation afin d’ajuster son alimentation. Nous préparions les ravitaillements, réapprovisionnions son matériel nutritionnel et veillions à ce qu’il dispose de tout ce dont il avait besoin pour poursuivre son effort dans les meilleures conditions.

J’assurais également un soutien psychologique tout au long de l’épreuve.

 

Au-delà de la performance sportive, qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans le parcours de Romain Gioux ?

Sa persévérance. On sait que les dernières heures d’un tel défi se jouent au mental : pendant la course, il a dû faire face à des crampes, à des douleurs, à la fatigue et à plusieurs épisodes d’hypoglycémie.

Mais connaissant son parcours sportif, je savais que si aucun problème médical majeur ne l’arrêtait, il irait jusqu’au bout. Et c’est exactement ce qu’il a fait en terminant en 7ème position.

 

Que souhaitez-vous dire aux personnes vivant avec un diabète de type 1 qui pourraient penser que leur maladie les empêche de pratiquer un sport ?

De nombreux patients nous expliquent avoir renoncé au sport par peur de faire une hypoglycémie. C’est pourquoi je prends souvent l’exemple de Romain et d’autres sportifs vivant avec un diabète de type 1.

Je leur explique que le diabète n’est pas un frein s’ils souhaitent pratiquer une activité physique. Ensemble, nous pouvons trouver les adaptations nécessaires pour permettre à chacun de pratiquer le sport qu’il souhaite et de mener à bien ses projets.